Mon chemin
Graine de vie et d’amour. Cette voix intérieure m’a guidé vers eux, ce peuple originaire du temps du rêve, les gardiens de la loi.Je désirai apprendre, l’art en était le liant, matérialisation éphémère ou semi-permanente du savoir. Durant treize ans, j’ai emprunté les sentiers qui traversent l’Australie de communauté en communauté. Mon nom tribal Tjakamarra m’invitait dans des familles à partager leur quotidien. Je remercie les maîtres qui m’ont guidé en silence, vers une nouvelle compréhension de moi. Je leur suis resté fidèle, et la graine qu’ils ont fait germer en moi sera à jamais le fruit de leur arbre. La parole est souvent futile, seul le comportement est une preuve de compréhension et de respect. Le maître Clifford Possum Tjapaltjarri dit à celui qui veut entendre : « Carry on », « Continuez ».
Arnaud Serval
WATI, Passage de Retz, 2002
WATI, les hommes de loi
Le secret de la vie ou la vie sacrée
Collection Arnaud Serval
Depuis l’origine de la création, l’être humain naturel est face à son propre destin. Poussière d’étoile, il est l’enfant de l’univers. Pour comprendre et conquérir sa place, il devra se transcender afin d’acquérir une nouvelle conscience et devenir l’être qu’il a toujours été au plus profond de lui-même. Dans la société aborigène, le chemin initiatique menant à cette découverte commence dès la naissance. La famille tout entière explique les valeurs et comportements sociaux que l’enfant doit connaître afin de le préparer aux révélations secrètes de sa première initiation.
À l’adolescence, entre quatorze et seize ans, les enfants sont amenés dans le bush. La cérémonie qui associe peintures, chants et danses guide l’enfant non initié vers une mort symbolique. Le sceau de ce voyage est représenté par la circoncision. L’enfant à qui l’on a révélé et expliqué les totems et symboles de son clan devient un adulte gardien de la loi. Il pourra participer à la vie en vivant ainsi dans un monde spirituel, mais réel. La métamorphose achevée, il retrouvera le reste de la communauté, la grande famille des gardiens de la loi. Tout au long de sa vie, il aura désormais sa place aux cérémonies et les anciens le guideront au savoir de l’être ; jusqu’à devenir soi-même un héros du temps du Rêve.
Arnaud Serval
WATI, Passage de Retz, 2002
Arnaud Serval on the road
Première escale d’un périple à l’esthétique urbaine, la série “Route” invite à un voyage exploratoire au cœur du bitume parisien. Artiste nomade, Arnaud Serval nous transporte dans sa ville natale et nous fait découvrir un Paris dépouillé de ses artifices, dont il décrypte les codes avec le recul de l’ethnologue ou la curiosité de l’étranger loin de ses racines. « Après ces longues années d’exil, Paris me paraissait comme un monde isolé avec ses labyrinthes de rues et son organisation sociale complexe. Il fallait que je m’en rapproche sans m’y fondre afin de mieux en analyser les rouages. » À travers une démarche intuitive et sensorielle, l’artiste nous en laisse entrevoir ses messages silencieux: écrit Arnaud Serval,et au retour de ce voyage, il installe aux confins des terres étrangères. Décrire l’aspect brut et nu de cette ville-monde, terrain auquel le travail de la lumière confère une profondeur troublante, l’artiste nous fait découvrir un univers personnel où le chaos devient une matière sensible, presque apaisante. En s’appropriant ces lieux et les messages devenus flous pour beaucoup invisibles, le parisien d’origine nous emmène en de çà de l’image pour en révéler la symbolique, le passage, sa propre errance.
Ses images font surgir les blessures enfouies dans l’urbanité. Détachés de leur contexte et métamorphosés en abstractions esthétiques, les objets deviennent des lignes géométriques et des fragments de lumière. Avec cette clef des œuvres d’Arnaud Serval, la route, au défilement horizontal, se fige et se verticalise. Véritable fil conducteur de la vie et du travail du plasticien, la série interroge, plus largement, la déstabilisation de la société ou la réalité géographique s’estompent pour laisser place à l’arbitraire des sentiments face à la recherche de sens identitaire. Témoignage d’un engagement esthétique et émotionnel, l’œuvre d’Arnaud Serval brouille les pistes et renverse les points de vue. À l’instar d’un journal de bord photographique où se mêlent visions intimes et documentation de l’itinérance vécue, l’exposition s’inscrit dans un vaste projet lui donnant accès aux routes d’un monde en perpétuel bouleversement. Route est une déambulation sensible, un fragment de parcours, entre les lieux et les époques, entre les interrogations en suivant l’artiste nomade sur la voie goudronnée, du bitume parisien jusqu’au bout du monde…
Gaëlle Chaar
Exposition Espace R « Routes Paris » 2010
Ses images font surgir les blessures enfouies dans l’urbanité. Détachés de leur contexte et métamorphosés en abstractions esthétiques, les objets deviennent des lignes géométriques et des fragments de lumière. Avec cette clef des œuvres d’Arnaud Serval, la route, au défilement horizontal, se fige et se verticalise. Véritable fil conducteur de la vie et du travail du plasticien, la série interroge, plus largement, la déstabilisation de la société ou la réalité géographique s’estompent pour laisser place à l’arbitraire des sentiments face à la recherche de sens identitaire. Témoignage d’un engagement esthétique et émotionnel, l’œuvre d’Arnaud Serval brouille les pistes et renverse les points de vue. À l’instar d’un journal de bord photographique où se mêlent visions intimes et documentation de l’itinérance vécue, l’exposition s’inscrit dans un vaste projet lui donnant accès aux routes d’un monde en perpétuel bouleversement. Route est une déambulation sensible, un fragment de parcours, entre les lieux et les époques, entre les interrogations en suivant l’artiste nomade sur la voie goudronnée, du bitume parisien jusqu’au bout du monde…
Gaëlle Chaar
Exposition Espace R « Routes Paris » 2010
