BIOGRAPHIE
Arnaud Serval est collectionneur, artiste peintre et passeur culturel français, reconnu pour son rôle majeur dans la reconnaissance de l’art Aborigène contemporain d’Australie en Europe. Sa vie est marquée par une quête artistique, humaine et spirituelle profondément enracinée dans la rencontre avec les peuples autochtones notamment australiens, qu’il qualifie de «peuples premiers ». Né à Paris dans une famille passionnée d’art — une mère galériste, un père collectionneur — Arnaud Serval découvre à 19 ans, presque par hasard, un ouvrage sur l’art Aborigène australien. L’image d’un visage millénaire juxtaposé à une peinture psychédélique agit comme un électrochoc. Peu après, il s’envole pour l’Australie les rencontrer. Ce premier voyage est un choc esthétique, spirituel et existentiel : il se dit « nettoyé de l’intérieur ». Ce moment inaugural donnera naissance à une passion qui façonnera sa vie entière.
Au fil des années, Arnaud Serval retourne régulièrement en Australie. Il tisse des liens profonds avec plusieurs communautés, notamment dans les trois déserts du centre, les Kimberley ainsi que la Terre d’Arnhem Il n’est pas un simple acheteur d’œuvres, mais un participant respectueux, initié à certaines pratiques spirituelles et rituelles. Son approche est éthique, patiente, et fondée sur une écoute attentive de cultures millénaires. Il parle des Aborigènes comme des êtres exceptionnels, un peuple humaniste, raffiné et profondément lié à sa terre. Sa collection, débutée il y a plus de 30 ans, compte plus de 1000 œuvres : peintures sur écorce, sculptures, boucliers cérémoniels, boomerangs, poteaux funéraires… Certaines pièces réalisées par de grands maîtres reconnus internationalement (Emily Kame Kngwarreye, les frères Tjapaltjarri, Ronnie Tjampitjinpa), d’autres sont d’importance rituelle ou culturelle anonymes. Arnaud Serval ne se considère ni comme marchand ni comme spéculateur, malgré la montée spectaculaire de la cote de l’art aborigène. Son objectif est de transmettre, éduquer, faire découvrir, dans une logique de respect et de préservation.
De 1992 – 2001 il crée a Paris, avec sa mère la Galerie Woo Mang et Partners, seule galerie dédiée à l’Art et la Culture Aborigène. Des liens forts se créent avec les communautés Aborigènes, l’ambassade d’Australie à Paris ainsi qu’avec les institution et le public Européen. De 2011 à 2015, il ouvre la Galerie Carry On à Genève, dans un ancien espace industriel transformé. C’est l’unique galerie suisse exclusivement dédiée à l’art aborigène. Lieu de conservation autant que d’exposition, elle abrite des centaines d’œuvres majeures. Arnaud Serval y organise des expositions temporaires et des événements en présence des artistes Aborigènes eux-mêmes. Pour Arnaud Serval, chaque œuvre aborigène est porteuse d’une mémoire vivante, souvent liée au territoire, aux itinéraires sacrés, aux points d’eau, ou aux récits du « Dreamtime ». Ces toiles, avec leurs points, cercles, lignes et motifs géométriques, sont des cartes topographiques spirituelles, qui actualisent la présence des ancêtres sur la terre. Il cite souvent la phrase rituelle : « My painting is alive ». L’art aborigène n’est pas décoratif. Il est acte de transmission, de fertilisation de territoire, de mémoire, voire de résistance face à l’ensemencement colonial.
Parallèlement à sa mission de médiateur et collectionneur, Arnaud Serval développe une démarche artistique singulière. Sa nouvelle collection intitulée « Le Paradis est Là » est une exploration corporelle et spirituelle où il utilise ses propres empreintes de mains et de pieds comme medium principal. Pendant des heures, il marche, pose ses mains imbibées de peinture sur d’immenses feuilles de papier, créant des traces vibrantes qui évoquent les marques laissées par les ancêtres qui ont chanté et dansé le paysage donnant la vie. Chez les peuples premiers Aborigènes, cette pratique organique et humble établit un lien direct entre la terre et le ciel, incarnant un dialogue entre l’individu et l’universel. À travers ces empreintes, Arnaud Serval réveille les vibrations ancestrales, les connexions invisibles qui traversent cultures et générations. Le message central, Carry On, est un appel à poursuivre la transmission des savoirs et de la mémoire, hérités des pères, mères, grands-parents.
Son style, empreint du réel mais profondément spirituel, fertilise le vivant, invite à marcher vers l’autre et à s’ouvrir à la beauté et à l’amour du monde. Par ce travail, il incarne une ambition à la fois totale et humble : faire exister ici et maintenant le paradis, en cultivant ce lien essentiel au vivant. Arnaud Serval est l’un des rares médiateurs européens capable d’articuler avec intelligence, humilité et passion, les codes d’un art millénaire trop souvent marginalisé. Au travers de sa collection, et de son travail artistique personnel, il fait exister une parole autochtone profondément enracinée dans le sacré, la mémoire et la modernité.
